Souvenirs...
Je vous ai déjà parlé là de mon grand-père. Jojo, Joseph pour l'état civil est né en 1901, il a tout connu des progrès qui ont rendu la vie quotidienne plus douce, sauf internet et je le regrette, ça l'aurait épaté ce truc! Il a commencé à travailler à 14 ans comme ouvrier agricole à une époque où les hommes, partis se faire massacrer dans les tranchées, manquaient cruellement dans les campagnes. Puis, voulant avoir une vie meilleure que celle de son père, il est parti à Paris et est rentré aux Chemins de fer d'Orléans où il a passé toute sa carrière comme cheminot.
Il avait 64 ans quand je suis née, il était en retraite, habitait à 200 mètres de chez mes parents et a été le personnage le plus important de mon enfance. Il m'a appris l'observation silencieuse des choses de la nature, le jardinage et la patience qui va avec, à me servir d'une vrille ou d'un rabot, à jouer aux cartes et même à tricher pour faire gagner l'autre, ou encore à réparer mon vélo. Il a très peu parlé de sa vie d'antan et je le regrette. A chaque fois que je pars sur le traces de mes ancêtres, c'est à lui que je pense. L’âpreté du travail de toutes les générations qui l'ont précédé a fait de lui, l'homme droit comme un "I", honnête et fidèle à ses valeurs, qu'il était.
Il était aussi très amoureux de ma grand-mère qui pourtant lui a mené la vie dure, et qui n'avait aucune tendresse pour qui que ce soit. Je le revois assis sur une chaise en bois peinte en vert, devant son garage, laver et éplucher les légumes récoltés de bon matin, afin que son épouse n'ait pas la peine de le faire. Il a aussi toujours fait la vaisselle et passé le balai... Etonnant pour un homme né au début du siècle! C'était sa façon à lui de rendre la vie plus douce à la femme qu'il avait choisie.
Quand il est décédé en 1991, j'ai eu un chagrin immense et rien que d'écrire ces lignes, les larmes me montent aux yeux et menacent de déborder. L'homme de ma vie n'était plus, et je me demandais comment j'allais vivre son son attention, ses conseils et son amour.
Quelques années plus tard, ma grand-mère est partie à son tour, nous avons donc vidé leur maison (que j'ai habitée par la suite) et j'ai fait une demande à mon père. Je n'étais pas très sure qu'il accepterait, mais j’espérais fort. Je lui ai demandé de me donner des objets qui, pour moi, symbolisait Jojo. Ses pipes! Elles m'ont toujours fascinée, j'ai souvent tourné autour, et quand il se préparait à fumer après le repas, j'étais autorisée à aller chercher l'élue du jour. Depuis ce jour, les pipes a Jojo m'ont suivie partout, elles sont en bonne place dans la maison, et je les vois chaque jour. Quand je vais mal, ou que j'ai un souci que je n'arrive pas à résoudre, je regarde les pipes et me demande comment Jojo aurait fait, quel conseil il m'aurait donné.
Voilà, non pas un souvenir mais une multitude.

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