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Claire (épisode 1) ou la condition d'une femme

par Hara-kiri

publié dans y a quoi dans mon arbre

Claire (épisode 1) ou la condition d'une femme

Tout d'abord bonjour à tous,

Je ne sais trop comment commencer mon histoire.... Hara-Kiri m'a laissé la plume afin que je raconte ma vie....Que dire? Ma vie ne me parait pas interessante, je suis, somme toute assez insignifiante....

Je crois que mon histoire commence bien avant ma naissance, avec mon père.

Blaise Montagne, puisqu'il s'agit de lui, est né en 1725 dans ce que vous nommez le département de la Creuse. A l'âge de 20 ans, il se marie avec Gilberte, que je ne connaîtrai pas. Il est meunier, puis plus tard, laissant le moulin à son fils aîné, tient une taverne. C'était un homme dur, dur au travail, dur en affaires, et dur en famille. Il aura de nombreux enfants avec sa première femme, certains que je rencontrerai, d'autres dont je n'entendrai jamais parlé, morts en bas âge. Ainsi va la vie.

Gilberte décède en 1772, agée de 48 ans, sans doute épuisée par ses nombreuses grossesses. Je ne peux m'empêcher d'envier votre condition de femmes françaises du 21° siècle! Hara-Kiri m'explique que vous choisissez combien d'enfants vous aurez et quand vous les aurez! La médecine a fait de grands progrès sans doute! A mon époque, les médecins sont réservés aux nantis, et si je puis me permettre (il parait que je peux), ils tiennent plus du boucher, que du médecin tel que votre contemporaine me l'a expliqué. Mon père n'est pas un saint, loin s'en faut! Suite à son veuvage, il n'a pas renoncé aux femmes, et l'alcool présent dans sa vie ne l'y aide pas.

Le 3 Juin 1783, il épouse ma mère, Anne Giganon, Il a 58 ans, elle en a 34... Elle est veuve et a 3 enfants à élever. Je nais le 17 Octobre de la même année.Ne calculez pas, ma mère est dans une position intéressante lors de son mariage, position qui ne lui laisse pas le choix de son avenir (mais épouser le meunier du village n'est pas si mal), sous peine d'être mise au bans de notre petit village, et de plus ou moins mourir de faim, ou de honte. Là encore, votre vie diffère bien de la nôtre. Mon enfance n'est pas rose, je travaille, très jeune, et gagne mon pain. Ma mère est aimante, mon père indifférent. A mon époque, une fille rend des services à la maison, mais elle est aussi source de tracas. Outre qu'elle ne peut remplir l'office d'un garçon au moulin, elle doit être dotée pour trouver un époux digne de ce nom.

Pour mon plus grand malheur, ma mère meurt juste avant que je n'atteigne mes 11 ans. Mon père a alors 69 ans, je prends facilement en charge la maison, et fais au mieux pour satisfaire ses besoins.

En réfléchissant à ma vie telle qu'elle aura été par la suite, je me dis qu'il a sans doute voulu assurer mon avenir, et honorer une promesse faite le jour de ma naissance. Dans les semaines qui suivirent le décès de ma mère, mon parrain, Martin Pinguet, vint souvent chez nous. De longues discussions s'ensuivirent entre lui et mon père, discussions auxquelles je n'assistais pas.

Peu de temps après, mon père m'annonça que j'allais me marier! Je protestai que je n'avais que 11 ans et que ça n'était pas possible! Sa décision était prise, et non négociable. Je préparai donc mes noces, la mort dans l'âme et la peur au ventre. Je connaissais mon promis depuis toujours, c'était le fils de mon parrain. Mon destin était donc scellé depuis ma naissance, et je me devais de le suivre.

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