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Brèves de gare ou des vies qui se croisent

par Hara-kiri

publié dans y a quoi ailleurs

Brèves de gare ou des vies qui se croisent

Pour moi qui vis au milieu de nulle part, isolée; une grande ville et ses habitants sont une source incroyable d'inspiration. Se poser, regarder les gens, imaginer leurs histoires, leurs bonheurs, leurs malheurs est un jeu auquel je me prête régulièrement.

J'ai l'impression d'être un ethnologue observant une tribu bizarre....

Il y a quelques semaines, j'ai passé une heure à attendre dans une grande gare, j'avais bien un livre dans mon sac, mais après avoir parcouru le premier chapitre, il a bien fallu me rendre à l'évidence que les gens m’intéressaient beaucoup plus. Je me suis donc adossée à un mur, j'ai coupé le son de mon appareil, et dans mon silence j'ai décortiqué les âmes humaines croisées.

Une gare ou un aéroport, ce sont plus de petites histoires qui se croisent en s'ignorant. Un couple âgé qui s'embrasse, heureux de se retrouver. Un homme d'affaire, la petite soixantaine, costume impeccable, le pantalon cassant juste à la bonne longueur sur une paire de chaussures cirées à la perfection, vêtu d'un manteau couteux et balançant à bout de bras un sac rempli de dossiers sans doute importants. Il traverse la gare d'un pas rapide et décidé, ignorant tout des vies qu'il côtoie pour un court instant.

Une voiture de police s'arrête, quatre représentants de l'ordre établi en descendent. L'un d'entre eux à plus particulièrement attiré mon attention. Une trentaine d'années, le crâne rasé, lunettes de soleil sportives masquant une partie de son visage fermé (à 17h00 en hiver...), démarche chaloupée à la Rocky Balboa, roulant des mécaniques. Son regard d'aigle en chasse balaye la gare et il fond sur un jeune homme à l'air fatigué, lui demandant ses papiers, le jeune obtempère. Rapide coup d'oeil sur la carte d'identité, le chasseur a trouvé d'autres proies bien plus alléchantes!

Assis à une table du buffet, deux jeunes noirs boivent des cocas et un peu plus loin un jeune garçon, dreadlocks très longues, sirote un verre en contemplant sa guitare. Le représentant de la loi, se redresse, gonfle ses pectoraux, et l'air agressif, aborde les trois jeunes gens. Papiers!

Les deux jeunes noirs obtempèrent, sans discuter, un peu anxieux quand même avec ces quatre flics autour d'eux. Intimidation... Puis fouille, poches et sacs. Déception du côté de la maréchaussée, rien!

Arrive le tour du jeune baba cool tendance écolo, sa carte à la main, il a l'air de celui à qui on l'a fait de nombreuses fois... Etude minutieuse de sa carte d'identité, fouille de ses poches bras écartés, je vois bien que la moutarde, pas forte, douce la moutarde, commence à monter au nez de notre jeune musicien. Fouille hargneuse de son sac à dos, le jeune argumente un peu. Quand soudain, deux jeunes filles, jambes de sauterelle, yeux de biche et chignons flous sortent du relais et se mêlent à la scène. L'une d'elles parle avec un sourire immense aux uniformes, écarte les bras, invitant à la fouille. Elle aussi, il n'y a pas de raison! Gêne chez les trois discrets représentants de la loi, l'autre se redresse encore en continuant de fouiller les maigres affaires du chevelu. La scène se terminera assez vite, les deux jeunes femmes, avec sourire et beauté ont vite désamorcé la colère qui commençait à monter entre les protagonistes. Les flics repartent arpenter la gare, Rocky plus chaloupé que jamais. Les jeunes se congratulent, s'embrassent et se séparent. Vous avez dit délit de sale gueule? Pourtant ils étaient beaux ces trois jeunes....

La maréchaussée dépitée mais toujours fière repartie, je reprends donc mon observation de la population urbaine. Je suis dehors, fumant une cigarette dans le froid, quand deux gazelles arrivent à pieds. Magnifiques les gazelles. Pantalons derniers cris moulant leurs fesses, talons vertigineux, perruques impeccablement coiffées, bijoux clinquants, faux cils pour l'une et lunettes gigantesques pour l'autre. Elles errent comme à la recherche de quelqu'un, posent avec des attitudes très très sexy et discutent en faisant de grands gestes. Une chose me gêne sans que je puisse mettre le doigt dessus... J'observe donc plus attentivement et finit par comprendre. Mes deux gazelles magnifiques sont en fait des gazous... D'un genre masculin à la naissance et d'un genre féminin par la suite. Il n'en reste pas moins qu'elles sont magnifiques, et si j'en crois les regards des gens qu'elles ont croisés, envie ou jalousie les accompagnent.

Il est temps pour moi de mettre fin à mon étude sociologique et de repartir dans mon désert, la tête remplie de tous ces portraits. A bientôt pour d'autres petites histoires qui se croisent en s'ignorant.

Mes petites histoires sont aussi sur ma page facebook ou celle du blog.

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Meghan 05/01/2014 09:41

On a la même passion alors !

Aurélia 03/01/2014 16:03

Vraiment cool ton article ! Moi aussi ça m'arrive de faire ça. Je trouve ça très bien. Ma mère, elle, c'est l'étude des visages qu'elle aime faire (imaginer d'où ils viennent). Bises.

Hara-Kiri 05/01/2014 09:14

Merci! A partir de pas grand chose, on peut imaginer beaucoup...

la pingsheuse 03/01/2014 15:53

Topisssime ! t'as pas besoin de challenge un thème par jour moi je te l' dis ;)

Hara-Kiri 05/01/2014 09:13

Merci! J'aime bien les challenges même si je t'avoue que le dernier m'a pesé sur la fin.... Point trop n'en faut!

Ax-L 03/01/2014 12:45

Belle plume, j'étais avec toi :-)

Hara-Kiri 05/01/2014 09:12

Merci!

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